Pourquoi parler jardin sur un blog de thérapie?

Parce que le jardin est une aide merveilleuse pour guérir les blessures du coeur. Il nous enseigne, nous montre par symboles interposés tout le potentiel de guérison dont nous disposons, tout ce à quoi nous devons aussi renoncer afin d'accueillir notre vie le mieux possible.

Le jardin nous aide à nous 'accorder', dans le vrai sens du terme "se mettre en accord" avec notre nature, nos désirs les plus profonds et nos aspirations les plus élevées. Il nous apprend à composer avec la réalité (du sol et du climat pour le jardin), de l'autre ou des autres, qu'il s'agisse de notre sphère privée ou sociale.

J'espère que toutes ces petites métaphores pourront vous aider à mieux vous comprendre et comprendre l'autre, à voir le bon côté de votre vie et à améliorer ce qui peut l'être.

Bénédicte et les tulipes.

Bénédicte a 37 ans, deux filles de 12 et 7 ans. Elle a tout le temps peur qu'il arrive quelque chose à ses enfants (quelque chose de mal, évidemment) et son inquiétude est telle qu'elle lui gâche la vie. Elle ne peut confier ses filles à personne, pas même à sa mère et quand il lui arrive de le faire, pas plus de deux jours, elle se fait de tels scénarios catastrophes que ça l'empêche de profiter des bons moments. Alors voici la petite histoire que je lui ai confiée.

Voyez-vous Bénédicte, vous avez raison de vouloir protéger vos enfants. Vous êtes une mère attentive, bienveillante et vous voulez le meilleur pour elles. Vous savez ce qui peut être dangereux et vous pouvez essayer de les en protéger au mieux de vos capacités. Mais il y a des choses que l'on ne peut contrôler. Une année, j'ai planté plus de 200 bulbes de tulipes dans mon jardin, me réjouissant à l'avance d'un printemps magnifiquement fleuri.

 Or, le printemps venu, seules quelques petites feuilles ici et là avec parfois une fleur avortée se sont faites remarquer. Où était passée ma promesse de printemps luxuriant ? Dans le ventre des mulots, dodus à souhait et dont les bulbes de mes tulipes avaient fait les délices. Inutile de pester trop longtemps mais retenir la leçon. J'ai commandé deux grands bacs mis en bordure de propriété et à l'automne suivant j'ai planté mes bulbes à l'intérieur, loin de la voracité des rongeurs. Certains esprits pessimistes m'avaient assuré que les rats grimperaient sur le côté des bacs et que je n'aurai rien malgré tout. C'est vrai que je ne peux pas tout prévoir, le froid trop cuisant, la grêle ou l'attaque d'autres parasites. Mais j'ai quand même fait confiance...et le printemps m'a récompensée de mes attentes. Dans mes bacs ont fleuri des tulipes colorées et en pleine forme et je m'en suis réjouis toute la saison.

 

Les bonnes surprises de la vie.

Je la contemplais sur les coteaux du bois, offrant ses fleurs couleur chartreuse à l'hiver déclinant. Elle me réjouissait, signant le retour d'un printemps tant attendu. J'ignorais tout d'elle mais je l'aimais déjà.

Un jour d'audace, l'ignorante jardinière que j'étais s'est risquée, petite pelle en main, à arracher la belle à sa terre d'élection. J'en ai ramené un plant dans mon jardin que j'ai délicatement disposé avec amour. Las. La belle n'a pas daigné survivre et c'est avec tristesse que je l'ai vu dépérir.

Et puis, les années passant et tant d'autres choses à faire dans mon jardin, je me suis contentée de la regarder lors de mes ballades, presque inaccessible sur la pente du sous bois.

Et voilà que presque trente ans plus tard, alors que je désherbais rageusement entre les invasives pousses de cornouillers, que vois-je ? Un bouquet de feuilles vert foncé qui semblait vouloir s'étendre rageusement entre les fines branches orange. Elle était là la précieuse. Quelle magie l'avait introduite dans mon jardin ? Le vent, un oiseau ? Les jardiniers le savent, nous bénéficions de multiples baguettes magiques dans l'exercice de notre art... Mais peu importe laquelle avait agit, je regardais mon euphorbe foetidus avec le même éclat dans les yeux que certaines devant la devanture d'un grand joaillier. Je lui ai fait de la place, lui ai souhaité la bienvenue dans mon jardin, lui ai fait des révérences. Vous pensez bien, un tel honneur se devait d'être dignement fêté.

Depuis, elle se ressème où bon lui semble et je l'aime toujours autant. De part et d'autre de la petite barrière, contre le talus de la route, elle offre aux passants sa floraison généreuse quand la nature dort encore. Elle est porteuse d'un message subtil: "Je suis venue te dire que tout va bien, sous la terre dort la promesse du renouveau. Patiente encore quelques semaines. En attendant, je veille et t'émerveille."

Dans notre vie, il nous arrive d'envier le bonheur affiché d'un couple heureux, celui attendri d'une femme que la maternité adouci. Nous essayons de ramener dans notre univers, avec notre petite pelle à nous, un morceau de bonheur. Hélas, celui-ci dépérit aussi. Et puis voilà soudain qu'un beau matin, alors que nous nous contentions de l'épier chez d'autres, un regard amoureux nous est adressé, si si, il n'y a pas de doute, c'est bien vers nous que se destine cet éclat qui fait battre notre coeur un peu plus vite. Et nous accueillons avec émerveillement ce sentiment nouveau. L'amour est aussi pour nous, nous en sommes dignes! 

Pour certaines ce sera le doux repli protecteur vers un ventre qu'elles croyaient stérile. Votre terre intérieure, votre ventre-jardin vous murmure son secret. La vie pousse en toi, là, précieuse et puissante. Tu ne l'attendais plus, tu avais renoncé à cet espoir de maternité. Tant d'essais, de GMA en FIV, tant de déceptions, et puis voilà! Elle a daigné germer en toi, elle s'est fait une place dans les mystérieux replis de ton corps, devenus matrice de la vie. Sois terre nourricière, prend soin de toi, femme en devenir de mère. La vie t'a choisie, ne l'oublie jamais. Allez, encore quelques mois et ta fleur s'ouvrira à toi et au monde.

Attention, les envahisseurs sont parmi nous!

 Ceux qui venaient du ciel, ceux de ma jeunesse, se reconnaissaient à la rigidité de leur petit doigt. Ceux qui viennent de la terre ne se voient pas mais leur passage dans mon jardin laisse des traces reconnaissables entre toutes... Des taupinières. Une taupinière ça ? 

Cette montagne de terre qui a sournoisement poussée pendant la nuit et qui essaime à tout va sur la pelouse? Mais c'est pas possible, le monde souterrain est en migration lui aussi. Et allez, on ouvre tout grand les frontières, les galeries des taupes arrangent la faune des campagnols qui s'en donnent à coeur joie et circulent en toute illégalité sur mon territoire jardinier. On me dit: Allez, tout le monde doit vivre et puis...ça te fait de la bonne terre bien fine pour rempoter. Ben voyons, ceux qui ont de la caillasse dans leur sol, vous croyez qu'elles remontent quoi avec leurs petites papattes, les taupes ? Du sable ? Et puis, je ne sais pas vous, mais moi, j'ai pas 300 pots qui m'attendent. A peine 3 ou 4, alors vous pensez bien qu'avec Beyrouth chez Béatrice, j'ai de quoi fournir le rempotage de tout le village. Vous les voyez les petits cailloux sur le dessus de la motte ? Alors si en plus il faut tamiser...!

Si encore il n'y avait que cet inconvénient mais que nenni. Chez moi, c'est la carte routière de France qui se retrouve en sous sol. Les tunnels traversent les massifs, qu'ils soient en montagne ou sous la mer, les autoroutes parcourent l'espace dans les quatre directions et aucun coin n'est épargné.

 

Imaginez-vous que l'été dernier, ces affreux rats des champs avaient rongé les racines d'un merveilleux viburnum? Fini la floraison somptueuse du printemps, il s'est desséché sur pied et est tombé d'un seul petit mouvement.

Ne parlons pas des bulbes divers et variés, plantés avec l'espoir d'un printemps majestueux. Rien ne résiste à leurs dents voraces. J'ai bien essayé les pièges sans grand succès. Ma voisine, elle, me fait baver d'envie avec sa belle pelouse immaculée. Mais que vois-je qui dépasse du sol ? Qu'est-ce que cette tige rouge ? Qu'est-ce à dire ? N'est-ce pas paradoxal de combattre la gent souterraine avec une fusée ?

 Bref, j'en ai marre! Marre des monticules qui se déversent sans vergogne sur les feuilles colorées de mes heuchères.

Marre du gros trou qui sort juste à côté d'un petit érable planté avec amour et dont la moitié des racines pend lamentablement dans le vide. Heureusement que je veille, quelques jours plus tard et mon pauvre arbuste serait mort, desséché sur place.

Elle me narguent vous dis-je, osant leur habitat juste sous mon petit buis taillé en nuage et que je chouchoute avec détermination. Alors, ne sachant plus que faire, je vais peut-être me décider à pratiquer la belle philosophie de ma mère. Etablir un pont de communication avec le roi des taupes, lui demander solennellement de bien vouloir établir son campement ailleurs...dans le grand champ de la voisine, par exemple, là où l'espace sauvage ne risque pas d'être importuné par leur longue pérégrination. Il y a quelques années, quand ma mère officiait encore au jardin, cette stratégie avait bien fonctionné. Mais il faut dire qu'elle avait un je ne sais quoi de chamanique...dont j'ai peut-être hérité, allez savoir ! Je vais essayer et vous tiendrai informé des résultats.

Parfois, il arrive que les êtres humains jouent aussi les envahisseurs. Combien d'homme et de femmes sont venus vers moi, espérant trouver la stratégie et le force de les éliminer.